Alexandrins

Lundi 25 août 2008

La nuit reviendra tôt. Et nous irons nous taire d’avoir parlé pour rien, d’avoir trop fait semblant de rugir en faisant des grimaces, pour plaire à notre souvenir de nous, à nos enfants, destinés à connaître le »  reste « , et puis quoi encore sortira de la tonitruance ?

Ils guettent, à peine convaincus de l’effroi, de vos grands monuments aux morts de la défense, vos alcôves d’amour aux creux des H.L.M.

Philippe Léotard

J’ai voulu remplacer l’agressivité par l’euphorie, l’application par l’enthousiasme.
Je n’ai pas été studieux mais indéfiniment excité.
Je n’ai jamais »  baisé »  ni haï : j’ai fait l’amour en m’essayant à la tendresse quand ma lâcheté me débandait. J’ai emprunté ce que je méprisais quand je n’avais pas le courage d’exiger ce que je méritais. Je me suis glissé, brûlant de honte, hors des maisons où je vivais, comme la vapeur d’un couvercle…

… Mais j’ai toujours entendu le bruit derrière moi quand le passé se refermait.

Philippe Léotard

En pleine chute, asphyxié, dans un désarroi qui n’est pas feint, je vis cependant de grimaces.
Comme tout animal mourant je me contorsionne.
Mais pour montrer, bien sûr, pour abonder, au moins de souffrances. Le bien que je me fais, l’ivresse où je me livre, c’est l’évaluation permanente du mensonge, les folles, fabuleuses chances de s’y perdre, n’attendant de rien d’autre une vérité qui soit fatale.

Je ne crois qu’aux calculs intéressés de l’ignorant, à la ferveur du menteur, à l’envers des peines, aux essais de bonheur qu’elles dessinent, essais, mais d’un trait sûr.

J’étais caché de tant de choses, et si longtemps, qu’évidemment il est difficile aujourd’hui de répondre à cette bouche qui me fouille du cri et des dents, des nerfs, de la gorge. J’espère, tant elle est torve, qu’elle sera difforme, à force, et qu’elle en saura aussi peu sur mon coeur, quand elle croira y accéder, que mes lèvres acharnées au ventre de la femme que j’aime, déglutissant, ivre, pur, son mystère comme si j’allais le comprendre…

Je ne veux pas comprendre. Je ne veux pas être propriétaire.

Philippe Léotard

« Portrait de l’artiste au nez rouge » – Philippe Léotard – © Éditions Balland/Egée, 1988.

Philippe Léotard – 28 août 1940 – 25 août 2001

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